Abdelhamid Aouragh

Vernissage vendredi 19 novembre à 18h30
Du 20 novembre au 24 décembre 2010 à la Galerie Raymond Banas

Présenté par « Surface Sensible » et la MCL

CHRONIQUES ORANAISES

INTRODUCTION
Depuis longtemps notre société occidentale a choisi de fermer les yeux sur son passé colonial. Aujourd’hui, près de cinquante ans après,il est temps de se pencher, avec recul et objectivité, sur cette période. Il ne s’agit pas de faire un travail d’historien mais d’avoir une approche artistique sensible permettant la réflexion et l’échange des cultures. Il nous semble d’actualité de porter un intérêt aux traces des mémoires partagées des anciennes colonies françaises. Travailler sur l’ensemble des ces ex-colonies est bien sûr irréalisable. Surface Sensible va donc orienter ses recherches en Afrique de l’Ouest, au Maghreb, à Madagascar et en Asie du Sud Est. Pour chaque résidence, seront définis des axes précis afin de garder une certaine cohérence. Cette réflexion sera réalisée en collaboration avec l’artiste et les partenaires du projet.

ABDELHAMID AOURAGH
Photographie – Oran

L’exposition que nous propose Abdelhamid Aouragh s’inscrit dans une série de photographies en noir et blanc. Un parcours de trois ans (2007 à 2010) a permis au photographe de capturer, avec détermination et passion, des images qui interrogent le quotidien, la mémoire et l’actualité d’une ville qui l’a vu naître, Oran. Ce qui frappe dans les photographies de Abdelhamid Aouragh, c’est son travail sur la ville elle même, caractère principal et sujet, autant que les personnages qui la composent.

Sonder l’identité propre de cette ville et son caractère particulier est un défi que Abdelhamid Aouragh relève avec brio, il en résulte une mise en perspective en noir et blanc de la ville « la Radieuse, Oran El Bahia », une ville contrastée avec ses quartiers pauvres, son centre ville paupérisé et ses quartiers riches. De ces contradictions, Abdelhamid Aouragh fait surgir des plans contrastés, des surfaces creusées d’ombre et de lumière. Sa démarche se veut résolument photographique, par opposition aux manipulations des images ; ni filtres, ni représentations mensongères. Il nous met devant les réalités de notre monde, de notre histoire, quelque quelle soit, individuelle ou collective, il est le témoin de notre présence au monde.

Le parti pris de l’artiste pour les tirages en noir et blanc n’a rien d’anodin, l’effet clair obscur procure une certaine douceur et une esthétique nouvelle aux images, sans pour autant amoindrir le message sous-jacent. Ce qu’il cherche, c’est non seulement saisir une réalité et la restituer avec la rigueur et le souci du professionnel mais aussi transmettre son empathie pour les gens et les lieux oubliés, mis de côté. Photographies et fragments d’identité en clair/obscur, dualité entre forme et fond correspondent à des objectifs fixés. C’est dans sa relation avec la ville à travers l’appareil que le témoignage nous parvient par la seule ingéniosité du photographe. La ville protagoniste se métamorphose sous nos yeux, une transformation typographique et topographique à la fois. C’est tout l’avenir d’une ville qui se joue sous nos yeux.

La mémoire étant la première fonction de la photographie, Abdelhamid Aouragh nous donne à voir l’histoire d’une ville en plein devenir. Deux sociétés se la disputent l’une plus aisée et l’autre défavorisée. Cependant, les techniques ne sont pas la première préoccupation du photographe, cadrage, composition se font dans l’urgence, et pourtant, y affleure, dans les images, une connivence entre la cité et ses habitants et par ricochet la passion du photographe pour sa ville, radieuse, ou recroquevillée sur elle même. Si l’effet de dramatisation est parfois gommé par l’attitude confiante des sujets capturés, le fond remonte à la surface en un message clair. Sourires d’enfants, regards vifs chargés de sens avec, en arrière plan, la fatalité, oubliée en un geste, dans un moment de joie partagée, juste le temps de la photo, l’instant magique !

L’esthétique est dans la véracité de l’instant saisi et dans la décision du photographe au moment de la prise de vue, « l’instantané présent », moment de captation où advient la photographie. La démarche artistique de Abdelhamid Aouragh est une expression photographique personnelle, construite entre le reportage/témoignage et la photographie d’art.
Mamia Bretesché



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